Actualités du technopôle Brest-Iroise
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      • L’écho des labos. Traitement du cancer, à Brest un laboratoire de chimie dans la course

      • Avec cette nouvelle série nous vous proposons de pousser, ensemble, la porte des laboratoires de recherche. Nous vous présenterons des portraits de femmes et d’hommes passionnés par leur métier et engagés dans l’innovation. En révélant les acteurs et l’excellence des expertises présentent sur notre territoire, nous souhaitons ouvrir le champ des possibles et démultiplier les synergies pour le construire.

      • Portrait de Raphaël Tripier, Professeur de chimie

        Transmettre des connaissances, faire avancer la science, entreprendre et créer de la valeur, sont les puissants moteurs professionnels de ce chercheur qui répond avec enthousiasme à nos questions.

        1) Vous êtes enseignant chercheur, au quotidien quel est votre métier ?

        Mon métier comporte plusieurs facettes. On peut avoir des années classiques, mais aucune journée ne se ressemble !

        Dans une université, la recherche et l’enseignement sont liés et c’est une chance, chaque volet alimente l’autre. J’ai commencé ma carrière au CNRS, en tant que chercheur uniquement donc, mais l’enseignement est essentiel pour moi dans ma vie professionnelle, j’ai donc recherché un poste alliant les deux et chaque jour mon enthousiasme est intact.

        Côté recherche les missions sont multiples : manager l’équipe, encadrer les doctorants, chercher des financements, communiquer à l’extérieur via les publications, les conférences, l’organisation de congrès et valoriser les résultats pour répondre aux besoins sociétaux, par des brevets ou des licences.

        Côté enseignement, je donne des cours de la licence 1 au master 2 et également en première année de médecine où le challenge pédagogique est élevé avec le nombre important d’étudiants à passionner. Je transmets les compétences « socles » de la discipline tout en apportant de la culture générale et un lien avec l’impact sociétal. Ainsi nous parlons des actualités (ex : Mediator) et je fais se questionner mes étudiants sur la place de la chimie dans notre quotidien (comment est fait un sirop pour la toux ? un désodorisant ? comment ça marche et d’où ça vient ?). N'oublions pas que les étudiants d’aujourd’hui seront les acteurs de la société de demain et peut-être des chercheurs. Aujourd’hui, je n’envisage même plus mon métier de chercheur sans y associer celui d’enseignant car on a cette chance de pouvoir retransmettre ce qu’on apprend.

        Ce qui est extraordinaire avec le savoir c’est que « l’on donne quelque chose que l’on peut garder » pourquoi s’en priver ?

         

        2) Quel est votre thématique de recherche ?

        Au sein de mon équipe de recherche, nous avons développé un savoir-faire pour fabriquer des molécules qui peuvent emprisonner certains métaux et surtout les maintenir sous une forme dite « stable ». On appelle cet ensemble un chélate. Par la suite, nous pouvons y accrocher des biomolécules de type peptides ou anticorps, spécifiques d’une cellule bien précise dans le corps humain.

        J’utilise souvent l’image du taxi et de la remorque qui permet d’expliquer la fonction de chaque composant. La remorque (le macrocycle) capture un métal (le cation). Cet ensemble forme le chélate et le métal a des propriétés réactives. Le taxi (biomolécules), solidement lié à son attelage, va diriger l’ensemble vers sa cible, car il ne connaît « que cette adresse ».

         

         

         

        En l’occurrence, nos recherches se concentrent sur le traitement des cancers donc sur les cellules cancéreuses comme cibles. Une cellule malade est une cellule qui surexprime un antigène. Le vecteur ira uniquement là où c’est surexprimé, donc sur la cellule cancéreuse. Nos composés permettent d’envisager à la fois des actions de diagnostics via de l’imagerie médicale (médecine nucléaire, IRM...) mais également de thérapie.

        Certaines maladies peuvent aussi être dues à une surproduction de métal par le corps humain, comme dans le cas de la maladie d’Alzheimer par exemple où le cerveau produit trop de cuivre et de zinc. Certains peptides vont piéger les métaux et faire des « pelotes » appelées fibrilles. Nous explorons donc la possibilité d’envoyer nos molécules dans le cerveau pour qu’elles puissent aller piéger ces métaux en surnombres et éviter la production de ces amas, et par voie de conséquence, soigner la maladie par un retour à la normale.

        D’autres usages sont envisagés à partir de ces chélates qui peuvent avoir des applications complètement différentes, pour l’environnement par exemple.

         

        3) Quels types de partenariats menez-vous ?

        Selon les étapes d’avancement de nos recherches nous travaillons avec différents acteurs et métiers.

        Construction des molécules

        Pour cette étape nous avons tout d’abord un gros travail de bibliographie pour identifier les biomolécules d’intérêt à greffer à notre chélate qu’il faut lui aussi designer et synthétiser. Une fois les molécules créées nous devons vérifier que ses propriétés lui permettent de passer les différentes barrières biologiques du corps humain pour atteindre sa cible. Nous vérifions également l’adéquation du chélate avec un seul métal unique afin d’éviter qu’il ne se charge avec un autre métal. Pour répondre à ces questions nous collaborons avec des biologistes et médecins, dans un travail de réajustement quotidien et permanent. C’est lorsque nous arrivons à obtenir l’application bien précise souhaitée que nous sommes à la phase de transfert de technologie.

        Partenariat avec des entreprises

        A ce stade il y a plusieurs voies possibles de collaborations. Une entreprise peut être intéressée spécifiquement par le produit. Si un brevet a été déposé, nous mettons alors en place une utilisation sous forme de licence avec des royalties. Nous avons par exemple un contrat d’exploitation avec un grand groupe pharmaceutique.

        Nous pouvons aussi être approchés pour notre savoir-faire par des entreprises qui souhaitent mettre en place avec nous un contrat de collaboration de recherche pour l’exploration d’un problème bien précis. Dans ce contexte en cas de découverte il y a un partage de la propriété. Nous avons une collaboration de ce type avec la société Guerbet sur des process de thérapie nucléaire.

        Toutes ces interactions sont sécurisées au niveau juridique par la SATT Ouest Valorisation (Société d’Accélération du Transfert de Technologie) qui fait le lien entre nous et les entreprises. Elle nous aide aussi en finançant des projets dits « de maturation » qui nous permettent de faire franchir à nos recherches la dernière étape pour façonner le produit de nos recherches aux besoins des entreprises.

        Le Technopôle Brest Iroise est aussi pour nous un partenaire clé lors de la création d’entreprises issues de nos découvertes. Une fois les phases de maturation technologique de notre produit et de gestion de la propriété industrielle validées, le Technopôle Brest Iroise nous accompagne dans toutes les étapes indispensables pour le bon développement d’une entreprise (financement, juridique, commercialisation…etc.). Ces compétences sont pour nous des ressources clé.

        Programme d’accélération

        On a aussi une démarche en amont pour donner de la visibilité à nos recherches et augmenter nos perspectives de partenariats. Nous sommes par exemple engagés, avec le soutien de la SATT Ouest Valorisation, dans la sélection au sein de MATWIN, seul programme international d’accélération de projets entièrement focalisés sur l’innovation en oncologie. En 10 ans, ce programme a réussi à mobiliser un réseau international d’acteurs industriels et académiques solidairement engagés pour accompagner l’innovation dans la lutte contre le cancer. Chaque année, MATWIN délivre ainsi sensibilisation, formation, expertise, accompagnement et met son réseau à disposition pour optimiser la visibilité et l’attractivité à l’échelle internationale de la recherche française dans le domaine et accélérer le développement des projets.

         

        4) Qu’est-ce qui vous anime dans la collaboration avec des entreprises ?

        Ces collaborations permettent de donner une application directe à la recherche, il y a des défis très importants car ce sont des besoins très ciblés, qui nous sortent de nos zones de confort et c’est aussi une source de revenu importante pour un laboratoire qui nourrit par ce biais l’avancement de la recherche et de son excellence.

        C’est une boucle vertueuse car les entreprises savent que les recherches d’aujourd’hui sont les produits de demain !


        Fiche d’identité :

        Raphaël Tripier
        Expertises : chélates
        Titre : Professeur des Universités en Chimie Université de Bretagne Occidentale
        Responsabilités :

        • Directeur du département de Chimie de l’Université de Bretagne Occidentale
        • Directeur adjoint du laboratoire CEMCA – Chimie Electrochimie Moléculaires et Chimie Analytique
        • Membre de l’équipe COSM : Chimie Organique, Santé et Matériaux
        • Responsable du groupe MAC : Macrocycles Azotés et Coordination
        • Responsable du département de Chimie de l’Université de Bretagne Occidentale

        Contact : raphael.tripier@univ-brest.fr
        Site Web : https://www.umr6521.cnrs.fr/
        Twitter : @RTripier
        Instagram : raph_tripier

         

        Un article de Corinne Ruinet, Chargée de mission relations Enseignement Supérieur et Recherche.

         

      • Publié le 19/04/2021

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